PIERRE SUTTER

1920 1946
Un interprète au service du SD à Chateauroux
 

Cette page évoque le cas d'un alscien qui prendra la suite de rené Hol à  Chateauroux de 1943 à 1944
les informations sont issues du livre de Bruno Perrot  :Le serment du chemin de Miran. Des archives départementales de l'Indre et  privées . 


PRESENTATION DES SERVICES SUR CHATEAUROUX


 

Sur le plan administratif siégait à Châteauroux l'état-major de liaison n° 990 (« Verbindungsstab ») subordonné à l'état-major principal n° 586 de Limoges puis à celui n° 588 de Clermont-Ferrand à partir d'avril 1944. Le détachement n° 979 de la Feldgendarmerie était cantonné à Châteauroux et comprenait 50 à 80 soldats .

Depuis l'invasion de la zone sud en novembre 1942, un commandant du service de sécurité nazi (« Sipo - S.D. » c'est-à-dire « Sicherheitspolizei - Sicherheitsdienst ») officiait à Limoges pour toute la région du Berry-Limousin. En théorie, il dépendait du capitaine Geissler de Vichy mais les relations directes avec les bureaux parisiens de Karl Oberg étaient fréquentes. Le service central de Limoges disposaient d'antennes extérieures (« Aussendienstellen ») dans les chefs-lieux de département donc à Châteauroux. Dans ces détachements locaux opéraient des auxiliaires français. Ces services de police  opéraient des arrestations et menaient parfois des actions de répression avec l'aide des Feldgendarmes. Les polices allemandes de Tours et de Bourges et de Vierzon  intervinrent également à plusieurs reprises dans le nord et l'est du département de l'Indre. À partir du mois de juin, des miliciens se joignirent aux agents allemands et ils accompagnèrent les détachements militaires dans leurs interventions après avoir recueilli au préalable les informations nécessaires.

Sur le plan strictement militaire, c'est seulement le 29 avril 1944 que le général von Brodowski, commandant l'état-major principal de liaison de Clermont-Ferrand, décide d'affecter à Châteauroux la 6e compagnie du 95e régiment de protection et de sécurité. Cette petite unité est directement chargée du maintien de l'ordre.



 

pierre sutter
SUTTER Pierre
Interprète à la Gestapo
29/06/1920 à Mulhouse (Haut-Rhin)
09/05/1946 à Bourges (Cher)




 


Il fit des études dans une école d’hôtellerie. Au mois demai 1940, il part avec sa soeur pour Nice. Là, il fera la connaissance d’une propriétaire d’un salon de coiffure, Mme Berkomicz, qui lui trouvera au mois de juin, un travail dans deux grands hôtels(hôtel de Paris et Prince de Galles). Il y exercera le métier de garçon restaurateur.Lorsque l’Italie entra en guerre, Mme Berkomicz, qui vivait avec sa mère et son enfant de quatre ans, prit peur. Son mari étant mobilisé, elle se retrouva seule pour les protéger. Elle décida donc de rejoindre avec sa voiture le reste de sa famille qui habitait Saint-Amant à côté de Montmoreau dans la Charente. Elle demanda à Sutter de la conduire là-bas en compagnie de sa soeur. Vu que les deux hôtels où il travaillait allaient fermer, il accepta sans hésiter. N’ayant pas trouvé de travail et ne voulant pas rester à charge avec sa soeur dans cette famille d’accueil, il décida d’aller au bureau de la Kommandatur d’Angoulême afin d’aller chercher un laisser passer pour retourner en Alsace. Là, un capitaine allemand l’accueilli mais ne comprenant très peu le français, Sutter se mit à parler en allemand. Le capitaine lui demanda s’il voulait bien travailler dans son service pour traduire des documents. Sutter accepta et c’est ainsi qu’il entra dans le monde de la Gestapo comme interprète. En mai 1941, une Geheimefeldpolizei (G.F.P.) arriva à Angoulême. Le responsable rechercha un interprète. Le chef de Sutter contacté par cette G.F.P. l’envoya. Il y restera jusqu’en juillet 1941, date à laquelle il fut muté à Royan où il y avait une antenne d’Angoulême qui dépendait directement de Bordeaux. Son travail consistait à traduire des lettres de dénonciations. Il travailla également à Arcachon en 1942, Périgueux jusqu’en juin 1943 pour arriver à Châteauroux où son chef fut le Lieutenant Metscher, chef de la S.D. Au fur et à mesure du temps, il devint son bras droit mais aussi un meurtrier. Il participa à des très nombreuses expéditions, aux pires exactions des allemands. Il fit preuve de zèle, de cruauté et d’un manque absolu de scrupule. Lors de ces interrogatoires, il utilisait avec fierté et un sadisme accru, son nerf de boeuf, qu’il avait baptisé, Félix. En août 1944, il quitta Châteauroux avec le convoi allemand composé de la S.D. Sa fiancée le suivit. Le voyage s’effectua sans encombre jusqu’à Strasbourg puis Karslrue. Là l’antenne de Châteauroux rencontra le Kommandeur de Limoges. Tout le monde fut muté à Danzig. Il prendra des cours d’espionnage dans une école près de Fribourg. Quand la défaite de l’Allemagne fut certaine à partir de février 1945, il se mit à la disposition des services des renseignements Français après leur entrée à Colmar. En se glissant dans l’armée allemande en pleine déroute, il permit d’arrêter des agents allemands. Le 19 septembre 1945, un groupe d’hommes de la sécurité nationale arriva chez lui, à Mulhouse, et le mit en état d’arrestation. Son transfert sur Châteauroux eut lieu le 28 septembre. Le 20 mars 1946 débuta son procès à la cour de justice du Cher. Les journaux locaux titrèrent le procès « Sutter, ‘gestapache’ n°1 de l’Indre, dénonciateur et bourreau de patriotes berrichons ». Il y a 33 chefs d’inculpation. La défense souleva l’incompétence de la cour de justice en affirmant qu’il s’agissait d’un soldat allemand justiciable du tribunal militaire. Elle n’a pu contestée cependant que Sutter, né à Mulhouse en 1920 de parents purement alsaciens, était français. Ce moyen détourné qui était d’ailleurs à la mode, fut rejeté par la cour de justice qui estima à juste titre qu’aucun traité, n’avait depuis l’armistice, modifié la nationalité des alsaciens lorrains. La défense n’en resta pas là. Elle demanda une grâce présidentielle qui fut refusée. A la fin du procès, leCommissaire du gouvernement dira durant son réquisitoire « Il a trahi de coeur et d’esprit, c’est la raison pour laquelle il mérite la mort », tandis que son avocat demanda les travaux forcés à perpétuité. Le Commissaire du gouvernement riposta  en expliquant que le fait que Sutter retourna « sa veste », en aidant à l’arrestation d’agents allemands, ce qui prouvait et confirmait qu’il se mettait toujours du côté des vainqueurs. Les jurés se retirèrent pendant un quart d’heure afin de délibérer. Le verdict fut lu par le Président de la Cour dans un silence complet. Sutter est condamné à mort, à l’indignité nationale et à la confiscation de ses biens. Après l’annonce de la condamnation des applaudissements se firent entendre dans la salle. Sutter, pâle, n’eu aucune réaction. En attendant sa sentence, il fut incarcéré dans la prison du Bordiot, dans le secteur des condamnés à mort. Le 09 mai 1946, avant de quitter sa dernière demeure de son vivant, il fut interrogé une ultime fois sur une affaire en cours, celle de Pasquet Frédéric. Le juge lui expliqua qu’il n’avait plus rien à perdre, d’ailleurs semble-t-il que Sutter répondit avec franchise aux questions qui lui avaient été posées. Il fut embarqué dans une voiture cellulaire en compagnie de l’Abbé Sirot et de son avocat. Au cours du trajet, il remercia ces derniers de l’avoir aidé et ajouta qu’il n’avait aucune haine, ni rancoeur pour les personnes qui l’avaient jugées. Arrivée au point 1000 polygones, Sutter descendit du véhicule et alla se placer devant le poteau où sans se laisser bander les yeux, il regarda face à lui le peloton d’exécution. A 6H20 Sutter expia ses crimes.


Document des archives

Une  arrestation opérée par la Gestapo à la veille du débarquement

(source : Archives départementales de l'Indre, M 2775)
À l'automne 1944, dans le cadre des enquêtes sur les crimes de guerre, des gendarmes de la brigade de Vatan se rendent chez deux résistants de la région. Ces deux hommes ont été appréhendés et torturés par la Gestapo de Châteauroux à la mi-mai 1944. Les procès-verbaux rédigés à cette occasion rendent compte des méthodes employées par l'antenne départementale du S.D. à la veille du débarquement.

Procès-verbal n° 408
en date du 23 décembre 1944
de Pedron Auguste et Autret Michel,
gendarmes à Vatan,
sur les atrocités commisesp ar les policiers allemands
à l'encontre de Meunier à Vatan

M. Meunier André, âgé de 31 ans, menuisier demeurant à Vatan (Indre) : « Depuis septembre 1943, j'appartenais au groupe Résistance sédentaire A.S., secteur Nord-Indre, région de Vatan , à ce titre, avec de nombreux camarades, je participais aux parachutages et service de renseignements. Jusqu'au 16 mai 1944, tout s'était très bien passé, nous n'avions eu aucun ennui et nous espérions ainsi mener notre activité jusqu'à l'arrivée des Alliés. Malheureusement, le 16 mai, j'ai été arrêté dans les circonstances suivantes.

Ce jour, vers neuf heures trente, deux agents de la Gestapo de Châteauroux se sont présentés chez moi, alors que je travaillais aux machines. L'un d'eux, un homme parlant mal le français m'a ordonné de venir à la maison. Il était accompagné d'un Alsacien que j'ai connu par la suite pour être Sutter .
Je suis sorti de mon atelier et Sutter m'a questionné en me demandant mon identité. Je lui ai répondu : "M. Meunier travaille en ville, vous n'avez qu'à aller le chercher."
Sutter m'a obligé à le suivre en ville à l'effet de découvrir le faux Meunier, je suis entré chez M. Vallet Marius, maçon demeurant rue Saint-Laurian à Vatan, où j'ai demandé s'il n'avait pas vu le nommé Meunier. Sur sa réponse négative, j'ai pénétré dans le couloir pendant que Sutter se trouvait sur le trottoir. Quant à l'autre agent de la Gestapo, il était resté chez moi surveiller mon habitation. Aussitôt, j'ai poussé violemment la porte derrière moi pour empêcher Sutter de me suivre mais cette porte ne s'est pas complètement refermée, ce qui a permis à Sutter de me poursuivre, voyant que je voulais lui échapper. Sutter, voyant qu'il ne pouvait me rejoindre a alors tiré un coup de feu dans le couloir, un autre alors que je me trouvais dans la cour de M. Vallet et un troisième après ma sortie de l'habitation une fois sur la place.
M'apercevant qu'il était sur le point de me rejoindre, je me suis réfugié chez Mme Pénichaud croyant trouver une autre issue. Je suis donc monté rapidement au premier étage toujours suivi de Sutter. Là Sutter m'a tiré deux coups de feu et, voyant que j'allais être appréhendé, j'ai sauté par la fenêtre donnant sur la place. En tombant, je me suis fracturé la cheville de la jambe droite. Néanmoins, j'ai marché une trentaine de mètres. À ce moment, épuisé, mon poursuiveur m'a rattrapé en me disant : "Ah ! C'est toi Meunier maintenant."
M. Vallet qui suivait la chasse à l'homme, se trouvant à passer par là avec une brouette, a été commandé par Sutter de me charger et de me conduire chez mon beau-frère M. Mallet où se trouvaient ses autres collègues. Ensuite Sutter aidé des autres agents de la Gestapo, m'a transporté dans le magasin de M. Mallet où il m'a fait asseoir sur une chaise. Là, Sutter m'a demandé si je connaissais "Jacques" d'Issoudun . Sur ma réponse négative, un des agents de la Gestapo que j'ai connu après pour être Schmidt m'a jeté un fort coup de poing au-dessous du menton qui ne m'a pas blessé. Ensuite Sutter m'a demandé si je connaissais Bart Lucien d'Issoudun . Sur ma réponse négative, j'ai reçu un autre coup de poing qui m'a brisé plusieurs dents aux deux mâchoires par Schmidt. Continuant toujours son interrogatoire, Sutter m'a demandé où était le dépôt de matériel : "Je ne sais pas où il se trouve et ne suis pas au courant." À ce moment, Sutter a commandé à ses camarades de m'emmener chez M. Sans à Reboursin , puis ils m'ont fait monter dans leur voiture et nous sommes partis. Quelques instants après leur arrivée à Reboursin, j'ai vu M. Sans être emmené également et chargé dans une autre voiture qui accompagnait celle dans laquelle je me trouvais. M. Sans avait été blessé par eux à une jambe.
Les agents de la Gestapo nous ont laissé seuls dans les voitures pendant qu'ils perquisitionnaient chez mon camarade. M. Sans, profitant de ce laps de temps, s'est enfui mais il a été rejoint après quelques mètres de marche. Mon ami a été ensuite enchaîné dans la voiture où ils l'avaient fait monter.
Par la suite, les deux voitures sont allées jusqu'à la gendarmerie de Vatan où les agents de la Gestapo pensaient trouver M. Roux qu'ils devaient arrêter. Après des recherches inutiles, j'ai été emmené ainsi que M. Sans à Châteauroux, 35 rue de Mousseaux, siège de la Gestapo, où j'ai été descendu à la cave, les quatre membres enchaînés.
Je suis resté dans ce local environ trois heures, seul. Après ce temps, Sutter et un autre agent sont descendus me voir avec une carte en mains et ils m'ont dit où se trouvait le dépôt d'armes, j'ai répondu "oui". Sutter continuant, m'a demandé où se trouvaient les terrains de parachutages et d'émission de signaux. Je n'ai pas eu le temps de lui répondre, qu'il m'a jeté plusieurs coups de crosse de mitraillette sur les talons, et d'autres coups de cette arme sur les jambes. J'ai eu les deux talons fracturés puis ils m'ont bandé les deux pieds.
Après avoir reçu les coups de crosse, on m'a placé les pieds dans un étau ce qui me les a broyés.
Le même jour au soir, j'ai été transporté à l'hôpital en même temps que mon camarade Sans, où j'ai enduré de grandes souffrances.
Le 26 juillet 1944, je fus délivré par mes camarades Perrault, dit "Comte", actuellement commandant à Châteauroux, le capitaine "Julien" Mauduit, Ballereau Raymond, Lapouméroulie Roger, Vilpoux Bernard et un autre que je ne connaissais pas. Aussitôt, je fus caché dans une ferme pendant un mois, puis dans un château près de Levroux et après la libération du département, je revins chez moi.
Nombreuses étaient les personnes témoins de l'arrestation de M. Meunier.

A suivre

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